Niaux, Lombrives, Sabart

(Pyrénées ariègeoises)

P. Sorriaux, F. Rouzaud et L. Wahl  du Spéléo Club du Haut Sabarthez

Les grottes de Niaux, Lombrives et Sabart se développent dans le massif du Cap de la Lesse au confluent de l' Ariège et du Vicdessos, au Sud de la ville de Tarascon sur Ariège. Le massif, qui mesure seulement 4,7 km recèle un des systèmes karstiques les plus prestigieux de France tant par son aspect culturel (peintures préhistoriques de Niaux) que par son originalité spéléologique.

Trois entrées principales, Niaux et Sabart sur le Vicdessos, Lombrives sur l' Ariège donnent accès à un seul système d' environ 14 km de développement. Ce sytème comprend deux étages principaux: un étage autour de 650 m d' altitude et composé des grottes de Niaux et de Lombrives supérieures et des galeries supérieures de la grotte de Sabart; un étage inférieur autour de 550 m d' altitude qui comprend les galeries de Lombrives et les deux grandes salles de l' ancien réseau de la grotte de sabart. Un réseau de puits verticaux met en communication ces deux étages au niveau de la grotte de Lombrives. On connait aussi deux sytèmes de cheminées verticales qui remontent à proximité de la surface (le sommet du massif est à 1189 m): ces deux cheminées sont situées dans la grotte de Niaux ; il s'agit de l' Abîme Martel situé au fond de la grotte et qui remonte jusqu'à 967 m d' altitude et d'un réseau supérieur au dessus du Salon Noir qui remonte jusqu'à 780 m d' altitude. Par rapport à l' entrée principale de la grotte de Niaux, le point le plus profond du réseau se trouve dans Lombrives Inférieure à 125 m. Le point le plus haut connu est dans la grotte de Niaux au sommet de l' Abîme Martel à +295m.

L' EXPLORATION SPELEOLOGIQUE

La grotte de Niaux est visitée dès le début du XVII° siècle; les graffitis datant de cette époque sont nombreux et témoignent d' une fréquentation assez importante de la grotte. Les visiteurs sont essentiellement les curistes de la station thermale voisine d' Ussat-les-Bains. L' organisation des visites y est réglementée par arrêté préfectoral dès 1820; par exemple "l' enlèvement des stalagmites et pétrification est interdit".Le guide conduit déjà ces clients jusqu' au Salon Noir pour leur montrer le "bestiaire de Niaux". Les visites se font le plus souvent avec un éclairage de torches de pailles et on peut encore observer un peu partout dans la cavité, jusqu' aux abords du troisième lac de la galerie Cartailhac des traces de pailles brûlées scellées par une fine couche de calcite qui témoignent du passage de ces premiers touristes.

En 1776, M. Marcorelle publie une étude consacrée au monde souterrain. Son article sur les grottes de Lombrives et Sabart contient les premières descriptions scientifiques des grottes: quelques dimensions de galeries mesurées en pieds et des relevés de température avec un thermomètre à mercure de Mr de Réaumur.

Jusqu' à la fin du XIX° siècle, les trois grottes sont souvent visitées. En 1864, Garrigou voit même les dessins préhistoriques du Salon Noir, note leur présences sur son carnet d' excursion, mais n' en reconnaît pas leur intérêt et les oublie. A la même époque à la suite des fouilles qu' il a commencé en 1826 J.B. Noulet publie une importante étude sur les gisements préhistoriques de la grotte de Lombrives (1882). Le début de ce que l' on peut considérer comme la véritable exploration spéléologique revient à G. Marty qui, le 1° Octobre 1884, descend pour la première fois le gouffre terminal de la grotte de Lombrives - le puits Garrigou. Il réalise aussi le premier plan de la cavité. Le 21 septembre 1896, E.A. Martel fait sa première visite dans le réseau avec L. Armand. Les deux explorateurs vont jusqu' à la plate-forme de départ du puits Garrigou mais ne le descendent pas.

En 1905, E.A. Martel revient à Tarascon pour y effectuer l' étude des cavernes de la région. A la même époque, le Commandant Molard, un des fondateurs de la topographie moderne, "recherchant des conditions de travail difficiles" lève avec l' aide de ses fils le plan de la grotte de Niaux. Sensibilisé aux vestiges préhistoriques ils découvrent les peintures du Salon Noir le 7 Septembre 1906 et les signalent à E. Cartailhac et H. Breuil qui viennent les authentifier. Suite à cette découverte l' exploration spéléologique de la région connait un regain d' activité. C' est ainsi que Jeannel et Fauveau reprenne l' exploration de la grotte de Sabart pendant que le commandant Molard en lève le premier plan (1907). Le 14 Août 1909 E. Maréchal fait la seconde descente du gouffre Garrigou. Avec la première guerre mondiale s' arrête toutes les explorations et il faut attendre 1924 pour que un anglais (F. Barton de Cambridge) et un Allemand (F. Oedl de Salsbourg) découvrent une issue inférieure à la grotte en déblayant le talus d' éboulis obstruant le grand porche que l' on voit de la route.

La découverte des peintures du Salon Noir :

"En levant le plan de la grotte, mon fils Paul et moi pénétrons pour la première fois dans la rotonde le 21 Septembre 1906 vers les 10 heures. J' installe ma planchette au milieu afin de prendre les diverses directions que Paul mesure au décamètre. Arrivé à la paroi du fond, il m' annonce : "20 mètres". Je n' ai pas le temps de répéter cette distance, car aussitôt il ajoute : "des dessins" .... "tu dis ?" .... "des dessins toute la paroi en est couverte. J' abandonne vivement sur ma planchette - et je crois bien même à coté - double décimètre, crayons etc ... et je cours vers lui. C' est merveilleux . Sur près de 40 mètres de murailles s' étale une longue théorie d' animaux (cinquante à soixante), aurochs, chevaux, bouquetins, cerfs, tout simplement tracés en noir, sans ombres et généralement sans hachure; il y en a de toutes tailles et de toutes dimensions, enchevêtrés ici, bien isolés là, quelques uns admirablement campés alors que d' autres ne sont que des ébauches grossières. Et tout cela, d' un dessin ferme, sans retouches, le trait aussi net, aussi brillant que s' il venait à peine d' être achevé. Et il y en a partout !"

Extrait de Spélunca N°53-1908 Commandant Molard

A Niaux, profitant d' un hiver particulièrement sec J. Mandement franchit le Lac Vert avec un radeau de fortune le 2 Janvier 1925. Il découvre ce qui deviendra la galerie Cartailhac avec quelques peintures préhistoriques. Mais la galerie s' arrête sur un deuxième lac infranchissable. Dans la foulée J. Mandement réalise les premières explorations au dessus du Salon Noir et dans l' Abîme Martel ou il remonte la cheminée principale sur 46 mètres.

A Sabart, la mise en chantier d' une carrière pour la construction de l' usine Péchiney en 1926 donne à la grotte une nouvelle entrée, la plus utilisée de nos jours.

En 1937, A. Gadal découvre une suite au gouffre Garrigou et la signale au Spéléo Club de l' Aude et de l' Ariège pour en faire l' exploration. La descente du 2° gouffre est faite dès le mois d' Avril (du 11 au 18) mais s' arrête sur un premier lac. Ce lac ne sera franchit qu' à la reprise des explorations pendant l' été (21 et 22 Aout) par une équipe dirigée par J. Ruffel (Cannac, Bonnet, Sibra, Cathala et Gadal). L' exploration du réseau inférieur est poursuivie pendant les étés 1938 et 1939 puis en 1942 mais bute sur un éboulis obstruant toute continuation au delà du lac.

En 1946, les éclaireurs de France organisent à Ussat leur "Camp d'information et de spécialisation spéléologique" qui comprend une quinzaine d' éclaireurs encadrés par Barone, Galy et Philippe. L ' objectif du camp est l' exploration du réseau inférieur de Lombrives. Le 2 Aout en désobstruant l' éboulis du fond du lac Caillaux, Lefèvre et Mauvisseau débouchent sur le deuxième lac et découvrent de vastes galeries en direction de la grotte de Sabart. Pour poursuivre l' exploration deux camps sont organisés en 1947, du 1° au 6 Avril puis du 19 au 29 Aout. C' est au cours du deuxième séjour que le record du monde du temps passé sous terre est largement battu avec 227 heures et 48 minutes de bivouac souterrain. Parallèlement une autre équipe poursuit l' exploration de la grotte de Sabart et en lève le plan (J. Mauvisseau). De 1948 à 1949 l' exploration des éclaireurs de France se poursuit (clan J. Nouveau en particulier) en assurant aussi les visites touristiques de l' étage supérieur. Mais aucune découvertes importantes n' est réalisée.

Les spéléos se retournent alors vers la grottes de Niaux. Ainsi en 1949, au cours d' une exploration dirigée par J. Mauvisseau, des empreintes de pas préhistoriques sont découvertes dans un diverticule de la galerie profonde après le Salon Noir. La même année (25 et 26 Septembre) le deuxième lac de la galerie Carthailhac est franchi par le Spéléo Club de l' Aude et de l' Ariège sous la conduite de J. Delteil et J. Ruffel. Mais leur avancée est arrêtée au bout d' une trentaine de mètres par un nouveau siphon (le 3° lac).

Pendant les années qui suivent le Spéléo Club de l' Aude et de l' Ariège essaie de relier les trois grottes. C' est ainsi qu' il réussit la jonction entre Niaux et Lombrives le 13 Septembre 1953. Par contre les tentatives de liaison entre Lombrives Inférieure et Sabart échouent.

Les années soixante (1963 à 1967 surtout) sont marquées par l' exploration de l' Abime Martel et des cheminées au dessus du Salon Noir (Spéléo Club du Haut Sabarthez et Spéléo Club de Paris). La cote +204 mètres atteintes en 1967 dans l' Abîme Martel constituera pendant quelques années le record absolu d' escalade en milieu soutterrain. A la même époque la Cordée Spéléologique du Languedoc reprend l' exploration de Lombrives Inférieure mais ne réalise pas de découverte notoire.

En 1969 et 1970, sous la direction de J. Mauvisseau une équipe rassemblant plusieurs groupes spéléologiques (Spéléo Club du Haut Sabarthez, Spéléo Club de Frontignan et Scout de Rabat) entreprennent le pompage des lacs de la galerie Cartailhac à Niaux. Mais les délais impartis pour cette expédition ne permettent pas de franchir le siphon du troisième lac découvert en 1949. Le succès viendra lors de la reprise des recherches par le Spéléo Club du Haut Sabarthez en Décembre 1970. Le réseau "René Clastres" est ainsi découvert le 6 Décembre. Durant l' hiver 1972, sous la direction de J. Clottes nouveau Directeur des Antiquités Préhistoriques de Midi-Pyrénées les lacs de la galerie Carthailhac sont de nouveaux vidangés avec l' aide du Spéléo Club de Foix pour permettre d' installer une station climatologique dans le réseau (idée du docteur L. Pales). Cette station enregistre en permanence les données fournies par les capteurs de la salle des peintures à 1800 mètres de l' entrée (C. Andrieux).

La découverte des peintures du Réseau René Clastres:

"L' expédition débuta le 17 Octobre 1970 par le fastidieux transport à bras de 3 tonnes environ de matériel Un camp de base fut installé au carrefour Cartailhac prés de l' effondrement. Dix sept sorties, soit 648 heures de travail dont 59 heures de pompage furent nécessaires pour que se dessine une voûte mouillante. Au matin du 6 décembre un passage de 75 cm environ était ouvert au dessus de l' eau. Nous parcourions une galerie de dimension imposante, entrecoupées de vastes salles. A 10 heures environ, nous surplombions de quelques mètres seulement une nouvelle salle à la voute particulièrement élevée. Sur la coulée de calcite qui nous permis d' y accéder, de petit amas de charbon de bois attirèrent notre attention. Brusquement Francis Bergé nous appela à grands cris. Tout le monde se précipita et, soudain le silence se fit: notre camarade nous montrait dans le faisceau de sa lampe deux dessins au trait noir, vigoureusement tracés, représentant un cheval barbu et un animal plus petit d' aspect gracieux mais qui nous laissa perplexes. Finalement tous les avis concoururent à dire qu' il s' agissait d' une belette. A peine étourdis par cette première découverte, d' autres exclamations retentirent. Sur la paroi de droite cette fois-çi, Marie José Marfaing nous révélait trois bisons d'un style sobre et dépouillé. L' émotion fut à son comble lorsque nos lampes nous firent découvrir sur le banc de sable, légèrement calcité qui longe la paroi de droite de nombreuses empreintes de pieds nus, d' adultes et d' enfants préhistoriques ... "

Extrait de Caougno n°1 -1971 JC et MJ Marfaing

En Aout 1972, le Groupe Spéléologique de Gascogne sur les conseils de J. Mauvisseau et après des essais infructueux de celui-ci en 1963 et 1964 pompe le lac Akka à Lombrives et découvre un petit réseau. Le même groupe reprend jusqu' en 1974 l' exploration des cheminées au dessus du Salon Noir.

A Sabart en 1973, après la vidange des lacs L. Wahl et un groupe d' Orléanais explorant les cheminées découvrent la suite du plan d' eau et un petit réseau. Dans la même grotte, en 1975 (15 et 16 septembre) après plusieurs dynamitages à l' extrémité de la grande galerie la salle du Renouveau est découverte par le Spéléo Club du Haut Sabarthez (L. Wahl, J. Quetard, P. Sorriaux, M. Claustres et G. Maza). Les explorations du nouveau réseau se poursuivent jusqu' en 1977 avec la découverte de plusieurs galeries. L' escalade des grandes vires de la salle du Renouveau donne accès à une galerie admirablement ornée de cierges dont l' extrémité nord-est débouche sur la vallée du Vicdessos à 670 mètres d' altitude et constitue une entrée supérieure à la grotte.

 

A l' automne 1978, profitant des basses eaux du siphon des Toulousains à Lombrives le Spéléo Club du Haut Sabarthez entreprend l' escalade de la cheminée située au fond de la galerie Sommer découverte en 1947, et découvre un petit réseau de 610 mètres. A l' opposée de la première cheminée une autre escalade permet d' atteindre une autre galerie de 325 de long. Pendant ces campagnes qui se terminent en 1981 le relevé complet de la grotte est réalisé.

A partir de 1980 et jusqu' en 1982 une exploration systématique de la grotte de Niaux est réalisée en plusieurs campagnes ou collabore le Spéléo Club du Haut Sabarthez et la direction régionale des Antiquités Préhistoriques. Ces campagnes conduisent à une remise à jour générale de la topographie du réseau par un relevé systématique des galeries principales et des réseau annexes. Au cours de ces travaux plusieurs plages d' empreintes sont répertoriés dans la galerie du Bison Rouge. Quelques signes rouges sont également découverts - ou redécouverts - dans le couloir de l' Eboulis et à la base du grand dôme de l' Abîme Martel. De nouvelles cheminées sont remontées dans l' Abîme Martel jusqu' à + 300 mètres.